André Guillou penché sur son bureau, en train d'écrire

André Guillou et la fondation

Découvrir

André Guillou (1923–2013) fut un historien et byzantiniste de premier plan, dont les travaux ont profondément marqué les études sur le monde byzantin et le Sud-Est européen. Historien, archiviste-paléographe et spécialiste du monde byzantin, il consacra sa vie à l'étude des sociétés byzantines, post-byzantines et balkaniques, tout en jouant un rôle essentiel dans le développement des coopérations scientifiques internationales autour de ces espaces dans ces domaines et ces espaces.

Né à Nantes en 1923, André Guillou fut formé à l'École nationale des Chartes avant d'intégrer l'École française de Rome puis l'École française d'Athènes. Ces années passées en Italie et en Grèce furent déterminantes : elles lui donnèrent une connaissance approfondie des terrains, des archives, des bibliothèques et des monastères du monde byzantin méditerranéen. Très tôt, il orienta ses recherches vers l'étude des Actes grecs de l'Italie du Sud et de la Sicile, ainsi que vers les archives monastiques du Mont Athos, participant ainsi activement au renouvellement des études byzantines dans la seconde moitié du XXe siècle.

Son œuvre scientifique impressionne autant par sa diversité. Spécialiste de l'Italie byzantine, de la Sicile grecque, des structures sociales de l'Empire byzantin et des archives athonites, André Guillou associait une érudition philologique et diplomatique remarquable à une capacité de synthèse historique rare. Parmi ses travaux les plus marquants figurent les volumes du Corpus des Actes grecs d'Italie du Sud et de Sicile, les Actes de Lavra publiés avec Paul Lemerle, Nicolas Svoronos et Denise Papachryssanthou, ainsi que son ouvrage devenu classique, La Civilisation byzantine (1974), souvent considéré comme l'une des grandes synthèses contemporaines sur le monde byzantin.

Couverture du livre La Civilisation Byzantine d'André Guillou, collection Les Grandes Civilisations, Arthaud

Professeur à l'EHESS de 1968 à 1995, André Guillou forma plusieurs générations de chercheurs et suivit de près les travaux consacrés à l'histoire et à la sociologie du monde byzantin. Son intérêt pour les Balkans s'inscrivait dans une réflexion plus large sur les héritages culturels, les circulations et les « écarts » historiques au sein de l'espace européen. Profondément attaché au Sud-Est européen, région qu'il connaissait intimement et où il entretenait de nombreuses collaborations et amitiés scientifiques, il joua également un rôle central au sein de l'Association internationale des Études du Sud-Est européen (AIESEE), qu'il présida de 1999 à 2009 avant d'en devenir le président d'honneur.

C'est dans cette perspective qu'il fonda en 1993, avec Hélène Antoniadis-Bibicou et Maurice Aymard, l'Association Pierre Belon, hébergée à la Fondation Maison des Sciences de l'Homme. Inspirée par la figure de Pierre Belon du Mans (1517–1564), médecin, naturaliste et voyageur de la Renaissance, l'association entendait favoriser le dialogue scientifique et les recherches consacrées aux mondes balkaniques, helléniques et byzantins. Pierre Belon, dont les récits de voyage sur la Grèce, l'Anatolie, l'Égypte et le Levant furent souvent cités par Fernand Braudel, représentait pour André Guillou une figure symbolique/représentative de l'observation savante, du voyage intellectuel et de l'ouverture aux mondes méditerranéens.

Dans le prolongement de cette initiative, André Guillou fonda en 1994 la revue Études Balkaniques – Cahiers Pierre Belon, qu'il dirigea jusqu'à sa disparition. Pensée comme un espace de dialogue interdisciplinaire et international, la revue devait permettre de faire progresser les échanges scientifiques entre spécialistes du Sud-Est européen et d'encourager les approches comparatistes sur les mondes balkaniques, helléniques, byzantins et post-byzantins.

Attaché à la longue durée historique autant qu'aux réalités contemporaines, André Guillou considérait les Balkans comme un espace de contacts, de circulations et de confrontations culturelles permanentes, façonné par les héritages byzantins, ottomans et méditerranéens. Comme il l'écrivait lui-même, «soumise aux influences extérieures rivales autant qu'aux pressions internes, l'aire balkanique a été et demeure, au vrai sens du mot, un champ d'expérience pour des systèmes alternatifs».

Après sa retraite de l'EHESS en 1995, André Guillou poursuivit avec une activité remarquable ses travaux scientifiques, ses publications et son engagement dans les réseaux internationaux de recherche. Installé à la Fondation Maison des Sciences de l'Homme, il continua jusqu'à ses derniers jours à animer la revue, à soutenir les jeunes chercheurs et à développer des projets consacrés aux mondes balkaniques et byzantins. Son œuvre, son exigence